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Comment demander une augmentation par mail : la phrase à écrire (et ce qu'il ne faut pas mettre)

Tu as ouvert un nouveau mail. Tu as tapé « Bonjour », effacé, recommencé. Le dire en face te paraît au-dessus de tes forces, alors l'écrit semble la bonne solution : tu peux peser chaque mot, tout justifier, cliquer sur « Envoyer » et respirer.

Sauf que le mail qui contient tout, ton chiffre et la longue liste de tes arguments, risque de recevoir la réponse la plus courte. Voici à quoi sert vraiment ce mail, la trame à copier, et ce que tu réponds ensuite.

Peut-on demander une augmentation par mail ?

Oui. Rien ne t'oblige à passer par l'oral pour lancer le sujet, et dans beaucoup d'équipes (télétravail, manager sur un autre site), le mail est le point de départ naturel.

La vraie question est ailleurs : qu'est-ce que tu demandes dans ce mail ? Si tu y poses un montant et tes justifications, tu places ton patron devant une décision en oui ou non, seul devant son écran. Il risque d'y lire d'abord une équation simple : payer la même personne plus cher pour le même travail. S'il n'y voit qu'une perte, son premier réflexe pourrait être de la limiter. Il pourra te répondre, bien sûr, mais par messages successifs, sans que tu voies sa réaction au moment où il lit, ni l'hésitation à laquelle tu aurais pu répondre tout de suite. Et ton mail peut partir tel quel chez les RH, sans toi pour le défendre.

Le raisonnement que le Dr Julien Pelabère enseigne aux négociateurs ne porte pas sur le canal mais sur la stratégie : on ne négocie pas un montant en face-à-face frontal, on discute de ta contribution et de la suite de ton parcours. Quand un échange de vive voix est possible, le premier mail sert donc surtout à l'obtenir. La discussion sur ta rémunération se mène ensuite, là où tu peux écouter et ajuster. Si l'écrit est ton seul canal, la logique reste la même, on y revient plus bas.

Ce que ton premier mail doit obtenir : une demi-heure

Un bon mail de demande d'augmentation tient en quelques lignes. Il annonce le sujet honnêtement, sans le noyer, et le présente par le bon bout : ce que tu veux apporter dans les mois qui viennent, et l'évolution de ta rémunération qui va avec. Puis il demande un créneau.

Dans ce premier mail, pas de chiffre ni de bilan. Ton patron doit pouvoir répondre « oui, mardi 14h » en dix secondes.

La trame à copier

Objet : Point sur mes objectifs pour l'année qui vient

« Bonjour [prénom],

J'aimerais prendre une demi-heure avec toi dans les prochains jours pour faire le point sur mon rôle dans l'équipe.

J'ai envie de m'impliquer davantage sur [le projet ou la priorité de l'équipe que tu as choisie], et j'aimerais qu'on voie ensemble comment organiser ça, et en parallèle comment faire évoluer ma rémunération pour que je puisse m'y consacrer pleinement.

Est-ce que tu aurais un créneau la semaine prochaine ?

Bonne journée, [ton prénom] »

Si tu vouvoies ton manager, garde exactement la même structure : « J'aimerais vous proposer un échange d'une demi-heure… ». Et remplace le crochet par quelque chose de précis. « Les projets de l'équipe » ne dit rien. « Le déploiement chez les nouveaux clients du Sud-Ouest » montre que tu as réfléchi à ce qui compte pour lui.

Ce qu'il vaut mieux ne pas mettre dans le premier mail

Ton chiffre, si tu peux le voir ensuite. Écrit trop tôt, il fige la discussion sur une ligne de budget, et ton patron a tout le temps de préparer son refus sans que tu puisses comprendre ce qui le bloque. Quand le rendez-vous est possible, le montant se pose pendant l'entretien, après ce que tu proposes de prendre en charge.

La liste de tes succès, façon facture. « Cette année j'ai fait ceci, puis cela, puis encore cela » se lit comme une réclamation d'arriérés. Garde ces faits pour le rendez-vous, où tu en choisiras deux ou trois au bon moment.

Tes raisons personnelles. Le loyer qui grimpe ou le collègue qui gagne plus que toi : c'est réel, mais ce n'est pas un argument que ton patron peut défendre devant sa direction. Par écrit, ça peut même se retourner contre toi.

Une menace, même voilée. « J'ai été approché par une autre entreprise » dans un mail, c'est un ultimatum qui reste dans sa boîte. Si tu as vraiment une autre option, elle te donne de l'assurance pendant la conversation. Elle n'a pas sa place dans le mail.

S'il te répond « c'est pour une augmentation ? tu veux combien ? »

Si un rendez-vous est possible, tu n'as pas besoin de donner ton chiffre par retour de mail, ni dans le couloir. Ramène la discussion vers ce moment :

« Oui, entre autres. C'est d'abord pour parler de ce que je peux prendre en charge cette année. Je préfère qu'on en parle posément, est-ce que mardi te va ? »

Tu ne caches rien, tu choisis simplement le moment où tu poses ton chiffre.

S'il te répond « on verra à l'entretien annuel »

Ce n'est pas forcément un refus. Accepte le calendrier, et propose de le préparer :

« Ça me va que la décision se prenne à l'entretien annuel. Justement, j'aimerais qu'on se voie un quart d'heure avant, pour qu'on y arrive avec une idée claire de ce sur quoi je m'engage. Tu aurais un moment d'ici là ? »

Si les budgets se décident avant les entretiens dans ton entreprise, ce quart d'heure en amont te permet d'être dans ses arbitrages au lieu d'arriver après.

S'il ne répond pas

Un mail sans réponse n'est pas forcément un non. Ça peut être un agenda débordé, ou un sujet qu'il préfère repousser. Attends une semaine, puis relance dans le même fil, sans reproche :

« Bonjour [prénom], je sais que la période est chargée. Je reviens vers toi pour qu'on cale un petit créneau sur la suite de mes projets. Dis-moi ce qui t'arrange cette semaine ou la suivante. [ton prénom] »

Pas de « je me permets de te relancer car tu n'as pas répondu ». Tu rappelles ce qu'il a à y gagner, un collaborateur qui veut s'investir, pas ce qu'il a oublié de faire.

Et si tu ne peux vraiment pas le voir ?

Manager sur un autre site, ou que tu ne croises jamais : propose une visio. Une conversation à l'écran garde l'essentiel, tu entends ses hésitations et tu peux y répondre.

Si l'écrit reste vraiment le seul canal, alors la négociation se fait par écrit, et ton mail suit le même ordre que l'entretien : d'abord ce que tu proposes de prendre en charge, ensuite deux faits récents qui montrent que tu en es capable, puis ta demande de révision de salaire. Ici, le chiffre a sa place : donne une fourchette, appuyée sur des éléments objectifs (le périmètre que tu reprends, les salaires pratiqués pour ce poste), plutôt qu'un montant isolé. Et termine par une prochaine étape précise, par exemple valider ensemble ce cadrage ou le transmettre aux RH, plutôt qu'un simple « qu'en penses-tu ? ».

Après le rendez-vous : le mail qui compte vraiment

C'est là que l'écrit prend toute sa valeur. Le soir même ou le lendemain, envoie un récapitulatif court de ce qui a été dit :

« Merci pour l'échange de ce matin. Pour récapituler : je prends en charge [la nouvelle responsabilité], on se fixe [l'objectif convenu], et tu remontes ma demande de révision de salaire à [la direction / les RH] d'ici [date]. On se refait un point le [date]. »

Ce mail te laisse une trace. Surtout, il donne à ton patron un texte prêt à transférer pour défendre ta demande plus haut. Tu lui facilites le travail, et tu évites que la conversation se dilue dans un « on verra ».

Pour préparer le rendez-vous lui-même (le bon moment pour la demander, les réponses à « pas de budget »), tout est détaillé dans notre article sur comment demander une augmentation à son patron.

Questions fréquentes

Est-ce que c'est mal vu de demander une augmentation par mail ? Non, tant que le mail propose un échange ou une démarche construite plutôt qu'il n'exige un montant. Un mail court et posé montre au contraire que tu prends le sujet au sérieux et que tu respectes l'agenda de ton manager.

Faut-il mettre le montant de l'augmentation dans le mail ? Pas dans le premier mail si tu peux voir ton manager ensuite : un chiffre écrit trop tôt transforme la discussion en oui ou non avant qu'elle commence. Si l'écrit est ton seul canal, indique plutôt une fourchette justifiée, après avoir présenté ce que tu proposes de prendre en charge.

Quel objet mettre dans un mail de demande d'augmentation ? Un objet simple qui annonce un point sur la suite, par exemple « Point sur mes objectifs pour l'année qui vient ». Le corps du mail précise que tu veux aussi parler de ta rémunération : pas de surprise, pas de mot qui le met sur la défensive dès la boîte de réception.

Combien de temps attendre avant de relancer ? Une semaine environ. Relance dans le même fil, en une ou deux phrases, sans reproche, avec une proposition de créneau.


Le mail, c'est la partie facile. Le plus dur, c'est la demi-heure qui suit, quand ton patron répond « pas de budget » et que tu sens que tu vas lâcher. Avec le simulateur de NegoBrain, tu répètes cette conversation avant de la vivre : il joue ton patron, sort ses objections, et te montre où tu cèdes trop vite. Pour aller plus loin sur ta rémunération, vois aussi comment négocier son salaire.

Par Elodie Hughes