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Comment demander une augmentation à son patron : quoi dire, et quand

Tu y penses depuis des semaines. Tu as l'impression d'en faire plus qu'il y a un an, ton salaire n'a pas bougé, et chaque fois que tu croises ton patron dans le couloir, tu te dis « pas aujourd'hui ». Tu as peur de passer pour quelqu'un d'ingrat. Peur qu'il dise non, et de devoir revenir lundi comme si de rien n'était.

Cette peur est normale. Et la façon dont la plupart des gens s'y prennent la justifie : ils entrent dans le bureau et demandent « plus d'argent ». Voici comment faire autrement, avec les phrases à dire.

Pourquoi « je voudrais une augmentation » ne marche presque jamais

Mets-toi une minute à la place de ton patron. Tu lui demandes une augmentation. Ce qu'il entend : à la fin de ce rendez-vous, il va payer la même personne plus cher pour le même travail. Pour lui, c'est une perte sèche. Son réflexe est donc de se protéger et de lâcher le moins possible. D'où les réponses toutes prêtes : « pas de budget », « ce n'est pas le moment », « on verra à l'entretien annuel ».

Deuxième chose que l'on oublie : ton patron décide rarement seul. Il doit presque toujours défendre ta demande plus haut, auprès de son propre responsable, des RH ou de la direction financière. S'il n'a rien de solide à leur présenter, il ne prendra pas le risque.

Le raisonnement que le Dr Julien Pelabère enseigne aux négociateurs part de là : tu ne demandes pas un salaire, tu proposes une suite. Ce que tu vas apporter dans les mois qui viennent, et la rémunération qui va avec. Ton patron ne finance plus un coût, il fait un choix qu'il peut défendre.

Quand demander une augmentation

Pas le jour de l'entretien annuel. Quand il arrive, les enveloppes sont souvent déjà réparties et ton patron n'a plus de marge. Le bon moment, c'est 1 à 2 mois avant la campagne des entretiens, dans un échange à part que tu demandes toi-même.

Concrètement, envoie-lui un message court : « J'aimerais prendre 30 minutes avec toi dans les prochains jours pour parler de mes objectifs pour l'année qui vient. » Pas de surprise dans le couloir, pas de discussion glissée en fin de réunion d'équipe.

Évite aussi le lendemain d'une mauvaise nouvelle pour l'équipe ou la semaine d'une échéance qui l'écrase. Après un projet réussi que tu as porté, en revanche, tu as un fait récent sur la table.

Préparer la conversation : ce que tu dois avoir en tête

Ce que tu apportes, pas ce dont tu as besoin. L'inflation ou ton loyer : c'est vrai, mais ce n'est pas le problème de ton entreprise. Liste plutôt ce que tu as pris en charge depuis ta dernière révision de salaire, avec des faits : un client gardé, un projet livré, une personne formée, une tâche que ton patron n'a plus à faire lui-même.

Ce que tu proposes pour la suite. Choisis une ou deux priorités de ton équipe sur lesquelles tu peux aller plus loin. C'est l'essentiel de ta demande : tu t'engages sur quelque chose de précis.

Un chiffre, et plusieurs façons d'y arriver. Regarde ce que vaut ton poste sur le marché (offres d'emploi comparables, grilles de ta convention collective, échanges avec des pairs). Fixe une fourchette, et ne t'enferme pas dans un seul montant. Prépare des alternatives : une part variable liée à tes nouveaux objectifs, une prime sur un projet, une formation certifiante, du télétravail en plus, une révision dans six mois. Ton patron aura plus de facilité à dire oui s'il a le choix de la forme.

Les arguments qu'il pourra répéter à sa hiérarchie. Prépare-lui le dossier. Deux ou trois faits marquants, les nouvelles responsabilités, et une idée simple : te garder motivé coûte moins cher que de te remplacer.

Quoi dire : la phrase pour ouvrir

Le début de la conversation donne le ton du reste. Commence par la contribution, termine par la rémunération, dans la même phrase :

« J'ai envie de m'investir davantage sur les projets de l'équipe dans les mois qui viennent, notamment sur [la priorité que tu as choisie]. J'aimerais qu'on voie ensemble comment organiser ça, et en contrepartie qu'on convienne d'une évolution de ma rémunération qui me permette de m'y consacrer pleinement. »

Ensuite, déroule dans cet ordre : ce que tu as fait cette année (deux ou trois faits, pas plus), ce que tu proposes de prendre en charge, puis ton chiffre. Une fois le chiffre posé, tais-toi. Laisse-le réagir, même si le silence dure.

Ce que tu réponds quand ton patron dit non (ou pas tout de suite)

Une objection n'est pas un refus. C'est souvent la première réaction d'une personne qui se sent en perte. La règle : ne contre-argumente pas tout de suite. Accueille ce qu'il dit, reconnais sa contrainte, puis ramène la discussion vers la suite.

« On verra à l'entretien annuel. » « Ça me va de caler la décision sur ce calendrier. Je voulais justement t'en parler avant, pour que tu saches sur quoi je m'engage et que tu aies les éléments au moment de répartir les budgets. Qu'est-ce qui te serait utile d'ici là pour défendre mon dossier ? »

« Il n'y a pas de budget cette année. » « Je comprends la contrainte. Si le fixe est bloqué aujourd'hui, est-ce qu'on peut construire quelque chose par étapes ? Par exemple, une part variable sur des objectifs qu'on fixe ensemble, ou une révision prévue dès qu'ils sont atteints. »

« Ce n'est pas le bon moment. » « D'accord, la période est chargée. Quand est-ce que ce serait le plus utile qu'on se pose pour fixer mes prochains objectifs et en reparler ? »

Les autres objections classiques (« tes résultats ne le justifient pas », « je ne peux pas faire d'exception pour toi ») ont aussi leurs réponses : elles sont détaillées dans notre article sur les objections en négociation salariale.

Ne repars jamais avec un « on verra »

C'est la fin de la conversation qui fait la différence. Un « on verra » sans date, c'est un non qui ne dit pas son nom. Avant de sortir, obtiens quelque chose de concret : son accord pour remonter ton dossier, une date précise pour en reparler, ou les objectifs chiffrés que vous présenterez ensemble à la direction.

Le soir même, envoie-lui un court message qui reprend ce qui a été dit et la prochaine étape. Il pourra s'en servir pour défendre ta demande, et toi, tu as une trace.

Questions fréquentes

Combien demander pour une augmentation ? Il n'existe pas de pourcentage universel. Pars de ce que vaut ton poste sur le marché et de ta convention collective, fixe une fourchette, et prépare des alternatives (variable, prime, formation, télétravail) si le fixe coince. Une demande appuyée sur des faits et sur ce que tu vas apporter passe mieux qu'un chiffre rond sorti de nulle part.

Faut-il demander une augmentation à l'oral ou par écrit ? La conversation se fait de préférence de vive voix, parce qu'elle te permet de réagir aux objections. L'écrit sert avant (pour demander le rendez-vous) et après (pour reprendre ce qui a été convenu).

Est-ce que mon patron est obligé d'accepter ? Non, sauf cas prévus par la loi ou ta convention collective (minima de salaire, par exemple). Pour le cadre légal, le Code du travail numérique (code.travail.gouv.fr) est la bonne référence. Ce qui fait dire oui à ton patron, c'est ce qu'il gagne à le dire et ce qu'il peut défendre plus haut.

Que faire si mon patron refuse quand même ? Demande-lui ce qui permettrait de revoir la question, et dans quel délai. Fixe une date. Si les réponses restent floues plusieurs fois de suite, c'est une information sur ta place dans l'entreprise, et il est utile de regarder ce que vaut ton poste ailleurs.


Le plus dur, c'est souvent de prononcer la première phrase et de tenir face au premier « pas de budget ». Avec le simulateur de NegoBrain, tu répètes cette conversation avant de la vivre : il joue ton patron, sort ses objections, et te montre où tu lâches trop vite. Pour aller plus loin sur ton salaire, vois aussi comment négocier son salaire.

Par Elodie Hughes